acide lactique

Il n’y a pas d’acide lactique !

Ou presque pas, je vous accorde la nuance. On a tous déjà entendu cette phrase, « je fais une séance de lactique » ou « ah là je suis plein d’acide lactique » et pourtant, ce n’est pas le cas.

Pour comprendre le pourquoi du comment, il va falloir faire un peu de biochimie.

 Pour produire de l’énergie, un des substrats, sûrement le plus important, est le glucose. Sa voie de dégradation principale est la glycolyse. Le produit finale de cette chaine de réaction est le pyruvate. Il y a ensuite deux avenirs pour cette molécule, suivant l’effort :

  • En cas d’effort aérobie (avec oxygène, effort d’endurance), le pyruvate va rejoindre le cycle de Krebs
  • En cas d’effort anaérobie (sans oxygène, effort court), le pyruvate va subir une fermentation lactique pour devenir du lactate

On en arrive au point clef. Le lactate est la base du couple acido-basique acide lactique/lactate.

Pour savoir qui de la base ou de l’acide va être le résultat de réaction, il faut s’intéresser à un point appelé la constante d’acidité ou pKa. Le pKa est la valeur pour laquelle il y a autant d’acides que de bases (d’où le nom « constante »). Donc, si pH = pKa, alors il y a 50 % de lactate et 50 % d’acide lactique. Plus le pH sera bas et plus il y aura d’acides (acides lactiques). Plus le pH sera haut et plus il y aura de bases (lactate).

Or, le pKa du couple acide lactique/lactate est de 3,7 (à 37°C). Alors, si vous lisez encore, vous allez me dire qu’à l’effort le muscle s’acidifie. Certes, mais le pH d’un muscle descend rarement en dessous de 7 et la valeur la plus basse enregistrée était de 6,4. On est donc très loin des 3,7 et à cette valeur, le lactate est ultra-dominant. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a absolument pas d’acide lactique, mais en tout cas sa présence est négligeable.

Alors okay, on ne produit pas d’acide lactique, mais du lactate, ça change quelque chose ?

Et bien oui. Si l’acide lactique est effectivement un déchet métabolique, ce n’est pas le cas du lactate. Celui est renvoyé vers le foie dans ce que l’on appelle le cycle de Cori pour permettre la synthèse de nouveaux glucoses. Un fort taux de lactate sanguin est d’ailleurs synonyme de haut niveau d’entrainement.

Si la lactate n’est pas un frein à l’effort, qu’est ce qui l’est ?

C’est le cerveau ! Il ne pense pas à mal, vous imaginez bien, il cherche à vous protéger. Recevant diverses informations comme la baisse des niveaux de « carburants », la baisse du pH, l’augmentation de la chaleur, des lésions musculaires, la déshydratation, etc. Il va chercher à ralentir l’organisme afin de le protéger. Et, en améliorant ses différents points, on améliore son seuil d’effort et le cerveau adapte la limite pour permettre des performances plus importantes. Sacré machine que vous avez là !

Pour conclure, si vous voulez briller en société, dites lactate plutôt qu’acide lactique et partagez cet article à ceux qui seraient dubitatifs !

Sources :

Rogatzki MJ, Ferguson BS, Goodwin ML, Gladden LB. Lactate is always the end product of glycolysis. Front Neurosci. 2015 Feb 27;9:22. doi: 10.3389/fnins.2015.00022. PMID: 25774123; PMCID: PMC4343186.

Costill DL, Barnett A, Sharp R, Fink WJ, Katz A. Leg muscle pH following sprint running. Med Sci Sports Exerc. 1983;15(4):325-9. doi: 10.1249/00005768-198315040-00013. PMID: 6621324.

Cairns SP. Lactic acid and exercise performance : culprit or friend? Sports Med. 2006;36(4):279-91. doi: 10.2165/00007256-200636040-00001. PMID: 16573355.

George A. Brooks, The Science and Translation of Lactate Shuttle Theory, Cell Metabolism, Volume 27, Issue 4, 2018, Pages 757-785, ISSN 1550-4131.

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